17.08.2008
Miles et les étoiles de l'été

Est-ce le ciel d’été la nuit quand il enveloppe la ville de son casque profond et scintillant, ou la langueur des journées longues, ou encore la mélopée des phrases assassines ?
Les nuits d’été me parlent de Miles. Je le revois lors de cette ultime venue au Festival de jazz de Nice, enveloppé dans une houppelande violette, lointain, accroché à son instrument comme à un bras bienfaiteur, déjà absent, le dos tourné au public.
Le formidable bond dans l’espace que j’ai fait ce soir-là, il est intact et je revis frémissante, la chaleur lancinante de ce jaillissement d’étoiles.
Suspendue à ses mains, à sa bouche, je me perdais dans son souffle éblouissant, renversée par ce cri dans la nuit, semblable à celui d’un animal perdu ou blessé qui erre en attendant le calme retrouvé et avance encore. Parcourue par la fièvre des tempos et des notes pétillantes qui heurtent les silences précédents, puis s’écrasent majestueux ou s’effacent dans la nuit, portés par les zéphyrs.
Je pense à la bande annonce du film de Louis Malle enregistrée en une seule nuit, témoin de cette fulgurance et de l’électricité qui me secoue encore.
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16.08.2008
Céleste

Sur le vent, il marche. Dans le vent,
il sait qui il est. Nul toit au vent.
Ni demeure. Et le vent est une boussole
Pour le nord de l’étranger.
« Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin, » Mahmoud Darwich
Paris, Actes Sud, 2007
Titre original : Ka-zahr al lawz aw ab'ad
Éditeur original : Riad el-Rayyes Books, Beyrouth, 2005
Illustration de couverture : Vassily Kandinsky, "Léger"
Sur le chemin éclairé par une lanterne d'exil,
Je vois une tente dans la rose des vents :
Le sud est rétif au vent
L'est est un ouest devenu mystique
L'ouest, une trêve de morts qui frappent la monnaie de la paix,
Quand au nord, le nord lointain,
Il n'est ni géographie ni point cardinal,
Il est panthéon des dieux !
Extrait de Etat de siège, poème traduit de l'arabe par Elias Sanbar,, éditions Actes Sud / Sindbad 2004, page 38
Un site dédié au poète arabe disparu le 9 août 2008
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12.08.2008
L'union européenne au Caucase
Face au conflit qui oppose la Russie et la Géorgie, le Président français et président du Conseil de l'UE en fonction, Nicolas Sarkozy, veut aujourd'hui faire une médiation entre ces deux pays.

Le quotidien El Mundo réclame de l'UE qu'elle joue un rôle actif dans la région en crise. "La solution à ce conflit intéresse particulièrement l'Europe car l'idée que des évènements similaires à ceux des Balkans puissent se répéter dans le Caucase paraît effroyable. En outre une grande partie de notre approvisionnement en énergie passe par la Géorgie. La crédibilité de notre alliance de défense occidentale est en jeu car les négociations avec Tbilissi au sujet de son adhésion à l'OTAN sont bien avancées. Nous n'avons pas le droit d'abandonner la Géorgie à son destin. L'UE a la possibilité d'interrompre les négociations sur les relations commerciales qui intéressent tellement le Kremlin.Il faut toutefois attendre de savoir si l'UE sera en mesure de se mettre d'accord sur une stratégie homogène et suffisamment solide."

L'urgence d'une géopolitique cohérente de l'Union européenne face à la Russie
par Perre Verluise Docteur en Géopolitique. Directeur du site géopolitique www.diploweb.com. Chercheur à l'IRIS cité sur Relatio-Europe cité par http://www.relatio-europe.eu
L'actuelle explosion au Caucase repose la question de la stratégie que l'Union européenne peut ou doit avoir vis-à-vis de la Russie. La Pologne et les Pays Baltes l'ont déjà posée clairement... Cette question se pose à propos d'autres dossiers : énergie, sécurité, positionnement de l'OTAN, relations commerciales, concertation diplomatique, droits de l'Homme, relations transatlantiques, relations avec les pays émergents, attitudes face aux « points chauds » de la planète, relations eurasiatiques... Mais l'Union connaît-elle suffisamment la Russie « de l'intérieur » pour savoir ce qu'elle doit et peut faire ? Pas sûr... C'est un vrai défi à relever pour l'Union, d'abord face à elle-même.
« Comment construire une stratégie communautaire face à la Russie ? Il importe d'abord d'admettre que les relations de l'UE avec ce pays-continent ne peuvent être les mêmes à 27 qu'à 15 pays membres. Parce que la plupart des nouveaux États membres ont une histoire à la fois riche et complexe avec ce pays. Cela ne peut rester sans effets sur les relations entre l'UE et la Russie. S'imaginer pouvoir continuer « comme avant » serait une illusion destructrice. », Estime Paul VERLUISE dans cette étude sur la Géopolitique des relations Union européenne-Russie.
Quelle stratégie l'Union européenne devrait-elle avoir avec la Russie ? Toute la difficulté de cette question tient à son singulier : une stratégie. En effet, l'Union européenne compte 27 Etats membres, tous forts d'une histoire différente, notamment vis-à-vis de la Russie. Et chaque pays rassemble des acteurs qui peuvent avoir des approches contradictoires.
Les entreprises, les cercles d'experts, les réseaux d'influence, les différents ministères et la direction politique d'un État membre n'ont pas nécessairement les mêmes intérêts. Il en résulte le plus souvent à l'échelle d'un même pays non pas une mais des stratégies. Que dire, alors, à l'échelle de l'Europe communautaire ? Celle-ci est elle-même divisée en plusieurs institutions et cercles, qui cherchent chacun à faire valoir un point de vue, évidemment au nom de l'intérêt général.
Face à la multitude d'acteurs et de stratégies des pays membres de l'Union européenne, un interlocuteur unique : la Russie. Certes, la Russie est elle-même, ne serait-ce que par son immensité, à la fois une et multiple. Cependant, l'organisation de sa stratégie n'est pas autant dispersée. Et elle est pour partie dans les mains de responsables compétents qui connaissent parfaitement les contradictions intra-communautaires.
Il existe même des synergies porteuses entre le monde de l'entreprise et l'Etat, par exemple dans le secteur énergétique. Après avoir refusé les conditions de la Politique européenne de voisinage, Moscou privilégie les relations bilatérales. C'est, par exemple, le cas dans le cadre de l'accord germano-russe pour le gazoduc nord-européen Nord Stream.
Un déséquilibre croissant
En 2008, la Russie tire plus que jamais d'importants bénéfices financiers et stratégiques de ses hydrocarbures. La balance commerciale UE-Russie est gravement déficitaire pour l'UE. Au nom de la défense de ses intérêts, la Russie peut à la fois imposer son contrôle sur l'exploitation et son monopole sur le transit, et profiter de l'ouverture des marchés européens de l'énergie pour s'y implanter. Ce qui lui permet de se ménager des positions de force pour l'avenir.
En la matière, les pays membres de l'UE semblent faire preuve d'une singulière naïveté.
A l'inverse, les membres de l'UE sont devenus de plus en plus dépendants des hydrocarbures russes mais leurs entreprises voient les accords signés durant les années Eltsine remis en question ... et s'élever le prix à payer pour les opportunités qui les font rêver.
Enfin, l'UE n'a pas été en mesure d'imposer au Kremlin la ratification de la Charte de l'énergie. L'UE paie ici l'insuffisance de son approche géopolitique de la Russie.
Il existe donc un déséquilibre croissant entre l'ouverture progressive des marchés énergétiques de l'UE et une monopolisation nationale renforcée au niveau des approvisionnements et du transit russes. Alors que Gazprom investit peu et qu'on tient les investisseurs étrangers à distance, on est en droit de se demander si la Russie pourra, demain, respecter ses engagements de fournitures.
Si l'accès européen à la production en amont des hydrocarbures russes n'est pas véritablement garanti , alors l'ouverture du marché communautaire risque d'être un marché de dupes. Il appartient aux pays membres de l'UE d'inventer des solutions. Il conviendrait probablement de donner plus de poids à une participation des institutions européennes dans la relation énergétique avec la Russie.
Un défi
Comment construire une stratégie communautaire face à la Russie ? Il importe d'abord d'admettre que les relations de l'UE avec ce pays-continent ne peuvent être les mêmes à 27 qu'à 15 pays membres. Parce que la plupart des nouveaux États membres ont une histoire à la fois riche et complexe avec ce pays. Cela ne peut rester sans effets sur les relations entre l'UE et la Russie. S'imaginer pouvoir continuer « comme avant » serait une illusion destructrice.
Réfléchir aux relations UE-Russie conduit en fait à prendre conscience d'une difficulté plus générale. Il existe aujourd'hui encore un véritable déficit d'interconnaissance et un grand besoin d'inter culturalité autour des questions européennes, aussi bien au niveau des institutions que des entreprises ou des citoyens.
Il subsiste une tendance à conserver une perception exclusivement nationale - voire émotionnelle - d'enjeux qui sont maintenant également communautaires.
Cela est vrai des questions intracommunautaires comme des enjeux extracommunautaires (frontières de l'UE, énergie, relation transatlantique, aide au développement...). Chacun ne peut que s'enrichir d'une interconnaissance porteuse d'une cohérence plus grande, aussi bien en interne qu'à la face du monde.
Il devient donc vital de connaître les représentations, les craintes, les projets, voire les fantasmes des pays membres. Il est urgent de connaître les centres de recherche, les revues, les réseaux officiels et officieux, les non-dits, les calculs et les rêves, voire les illusions des uns et des autres. Il importe tout autant d'être au clair avec les nôtres. Alors, il sera possible de construire progressivement une stratégie de l'Union européenne face à la Russie.
Ce n'est qu'au prix de cet effort de tous qu'il deviendra possible de définir une stratégie cohérente de l'Union européenne face à la Russie. Vouloir faire l'économie de ce temps de découverte, c'est probablement se condamner à l'échec.
Au delà des relations UE-Russie, comment définir des stratégies efficaces pour une Union européenne réaliste et réalisable ?
Il pourrait être utile de multiplier les approches transversales de problématiques européennes. L'étude des situations démographiques, des performances économiques, des contraintes politiques, énergétiques et stratégiques ne peut plus se limiter à l'échelle nationale. Il importe d'être capable de situer chaque pays membre dans le contexte communautaire, et plus globalement à l'échelle mondiale.
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